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Paris sous la Révolution

Paris sous la Révolution

  • Le serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789
    Le serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789 - Jacques-Louis David
  • Arrestation de M. de Launay, dans la deuxième cour de la Bastille le 14 juillet 1789
    Arrestation de M. de Launay, dans la deuxième cour de la Bastille le 14 juillet 1789 - Charles Thévenin
  • La fête de la Fédération le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars
    La fête de la Fédération le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars - Charles Thévenin
  • Antoine Barnave (1761-1793), homme politique
    Antoine Barnave (1761-1793), homme politique - Antoine Houdon (attribué à)
  • Louis XVI (1754-1793)
    Louis XVI (1754-1793) - Joseph Ducreux
  • Portrait de Georges Danton (1759-1794)
    Portrait de Georges Danton (1759-1794) Anonyme
  • Portrait de Maximilien de Robespierre (1758-1794)
    Portrait de Maximilien de Robespierre (1758-1794) Anonyme
  • Une exécution capitale, place de la Révolution
    Une exécution capitale, place de la Révolution - Pierre-Antoine Demachy
  • Le Peuple français ou la Liberté couronne le génie de la France
    Le Peuple français ou la Liberté couronne le génie de la France - Joseph Chinard
  • La Violation des caveaux des rois dans la basilique de Saint-Denis en octobre 1793
    La Violation des caveaux des rois dans la basilique de Saint-Denis en octobre 1793 - Hubert Robert
  • Arrestation de Louis XVI à Varennes dans la nuit du 21 au 22 juin 1791
    Arrestation de Louis XVI à Varennes dans la nuit du 21 au 22 juin 1791 - Jean-Baptiste Lesueur

Le Serment du Jeu de Paume


Salle 101 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Le Serment du Jeu de paume
, Jacques Louis David (attribué à, 1748-1825), 1789


La main levée de Bailly est au centre de la composition. Représenté de face, l’orateur prend à témoin le spectateur éventuel de la grandeur de ce moment historique. L’éclair zébrant les nuages, le vent qui s’engouffre dans les rideaux renforcent la « charge électrique » et dramatique de la représentation. Cette toile est peut-être l’esquisse du tableau commandé à David par l’Assemblée et laissé à l’état de préparation : l’évolution politique fut si rapide que l’œuvre cessa d’être de circonstance…
Le Serment du Jeu de paume
Convoqués par Louis XVI, ouverts le 5 mai 1789, les Etats généraux sont le premier acte de la Révolution. Des réformes s’imposent, mais le roi et les privilégiés prétendent maintenir un vote par ordre, alors que le Tiers Etat réclame une délibération commune et un vote plus démocratique, par tête. Le 17 juin, l’assemblée du Tiers, grossie de transfuges du clergé, se proclame Assemblée nationale. Le 20 juin au matin, les élus du Tiers se voient interdire l’accès à la salle des Menus plaisirs où ont lieu les séances. L’un d’eux, le Dr. Guillotin, suggère alors de se réunir dans une salle toute proche, consacrée au jeu de Paume.
"Nation française, c’est ta gloire que je veux propager ! Peuples de l’univers, c’est une grande leçon que je veux vous donner ! " (David). Rajeunis, idéalisés, les députés empruntent leurs attitudes à la noblesse des marbres antiques. En bon peintre d’Histoire, David joue de la variété des expressions pour saisir toute la gamme des passions. Mais tous les bras répètent le même geste fondateur, tous les regards convergent vers Bailly, plongé dans la lecture du serment révolutionnaire : « jurons de ne jamais nous séparer et de nous réunir partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides ».


La Bastille


Salle 102 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Prise de la Bastille et arrestation de M. de Launay,
Charles Thévenin, 1793


Les mémoires du chevalier Latude, emprisonné trente-cinq ans à la suite d’un faux attentat contre la marquise de Pompadour, contribuèrent à développer la légende noire de la Bastille. Il parvint à s’évader avec une échelle de corde et de barreaux de chaise.
Commencée le lendemain de l’insurrection ( cf. Hubert Robert), la démolition s’acheva à la fin de 1789, sous la direction de l’entrepreneur Palloy (portrait) qui fit fortune en fabriquant des « souvenirs » avec les pierres de l’édifice. Des maquettes furent envoyées dans chaque département pour entretenir l’enthousiasme.

Les gens du petit peuple n’y étaient jamais incarcérés. Sont embastillés les auteurs irrévérencieux, les faussaires, les adversaires politiques et certains nobles, dont la conduite déplaisait à leurs familles.. La forteresse du Moyen Age n’en est pas moins la plus abhorrée des prisons royales, car les détenus y sont incarcérés de manière discrétionnaire sur simple lettre de cachet. Le 14 juillet 1789, ce symbole de l’arbitraire n’est plus guère qu’un coûteux vestige. Après quelques heures de siège, les artisans du faubourg Saint-Antoine ont raison de la garnison de quatre-vingts invalides et de trente soldats suisses. Ils libèrent…sept détenus. Cette journée mémorable et sanglante (une centaine de tués) est devenue mythique : la victoire du peuple  contre le despotisme, et son retentissement dépasse les frontières.
Exposée au Salon de 1793, la toile de Thévenin recompose une scène épique. Sur fond de canonnade, un petit groupe de patriotes s’empare du gouverneur, M. de Launay, qui « avait perdu la tête avant qu’on la lui coupât » (Rivarol). A cette figure blême, cette silhouette contournée, le peintre oppose la stature herculéenne des jeunes révolutionnaires, la dynamique harmonieuse de leurs attitudes et l’éclat du jaune, du rouge et du bleu de leurs costumes. « L’Ancien Régime et la Révolution venaient de se voir face à face et celle-ci laissait l’autre saisie de stupeur » (Michelet).



Une fête fraternelle


Salle 103 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
La Fête de la Fédération, Charles Thévenin, 1792

Des dimensions impressionnantes (1,27 m sur 1,83 m) et un angle de vue très ouvert recréent tout le panorama du Champ-de-Mars. Peinte deux ans après l’événement, cette vision fervente illustre le consensus, dans une France où l’on croit la Révolution terminée.

Au début de l’année 1790 des « coalitions, fédérations » se nouent de ville à ville, de région à région On jure de soutenir les lois de l’Assemblée nationale et de faire face aux ennemis du « dehors » et du « dedans ». A Paris, cette foi patriotique inquiète : il faut fédérer ces fédérations, organiser un grand rassemblement pour encadrer toutes les gardes nationales et les troupes de ligne du royaume. Le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars, un cortège de cinquante mille hommes défile devant quatre cent mille personnes. Aux serments spontanés succède un serment officiel que la municipalité parisienne diffusera dans tous les pays.
C’est à une réconciliation générale de la Nation que Thévenin nous convie. Tous les temps forts de la fête sont représentés simultanément. Talleyrand officie sur l’autel de la patrie, La Fayette caracole sur son cheval blanc et recueille le serment de Louis XVI que toute la foule reprendra après lui : « Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi », tandis que défilent les gardes nationaux, drapeaux au vent. Mais au premier plan, certains ont rompu les rangs : dans un grand élan de fraternité, militaires, civils et religieux s’étreignent.



Barnave (1761-1793)

 

Salle 104 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Buste de Barnave (1761-1793), Antoine Houdon (1741-1828)


« Houdon est le premier sculpteur qui ait su modeler les yeux » (Grimm). Dans la cornée évidée, une bavochure accroche la lumière, imite l’éclat de la pupille.

Il a l’audace, l’intelligence et la séduction. Elu par le Tiers état du Dauphiné aux Etats généraux, « le beau Barnave », comme l’appelle Mirabeau, devient l’un des plus célèbres orateurs de l’Assemblée. Avec deux autres fils de famille, Adrien Duport et Alexandre de Lameth, ce jeune avocat forme un triumvirat militant contre l’Ancien Régime. Mais la Révolution déclenchée, ces représentants prétendent la maîtriser. A la mort de Mirabeau, ils reprennent ses idées : monarchie forte, mais encadrée par une assemblée, divorce du roi et de la société aristocratique, suffrage censitaire rassemblant la classe moyenne… L’épisode de Varennes (juin 1791) révèle la limite de ce dessein qui ne saura ni convaincre le couple royal, ni désarmer la puissance grandissante d’une Révolution plus radicale.
Favorable aux idées nouvelles, Houdon a représenté toutes les « vedettes » de la Constituante. C’est précisément sous les traits d’un orateur romain, drapé dans une toge, qu’il représente Barnave. La tête légèrement rejetée en arrière semble défier un contradicteur. Le dessin énergique et sensuel des lèvres, l’architecture nerveuse des traits trahissent l’ardeur et le rêve.



Louis XVI (1754-1793)


Dessin de Louis XVI (1754-1793), Joseph Ducreux (1735-1802), 1792 ou 1793

Élève de Quentin de La Tour, Ducreux fait sienne l'exigence d'authenticité et d'immédiateté de son maître. C'est sans doute à partir d'un croquis exécuté pendant le procès de Louis XVI qu'il réalise ce portrait. L'absence de couleurs, de " fards " est aussi l'expression de ce désir de vérité.

Coupable ? Martyr ? Faible ou modéré ? Aux yeux de ses contemporains (et de la postérité ?) il a toujours été affublé d'une image de " lourdaud " impuissant. Son manque de charme et d'assurance plaident contre lui. Le 10 août 1792, l'emprisonnement, le procès et l'exécution font basculer la figure royale dans la tragédie, sans l'éclairer pour autant. Scrupuleux, conscient de ses devoirs mais rigide, à la fois réformiste et timoré, il n'est sans doute pas le souverain idéal pour concevoir la transformation révolutionnaire de la plus vieille monarchie d'Europe en monarchie constitutionnelle…
Exécuté en 1793, ce portrait de Joseph Ducreux s'efforce de saisir l'être muré dans sa solitude. Nulle allusion ne renvoie au rang ni à la fonction royale, fût-elle déchue, du modèle. Sans cour, sans amis, captif au Temple au milieu d'un Paris hostile, ce mort en sursis est abîmé dans la méditation. Les traits un peu affaissés, les paupières gonflées, les yeux cernés disent les épreuves et le malheur. Mais le regard empreint de gravité, la bouche ferme sont libres de crainte et de toute hésitation.



Danton (1759-1794)

  

Salle 108 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier

Portrait de Georges Danton, école française, fin du XVIIIe siècle

Occupant la moitié de la toile, le buste déborde, repousse les limites du cadre.
Un camaïeu de couleurs froides - mauve bleuté de la barbe rasée de frais mais drue, blanc-bleu du linge, gris-bleu du frac, gris-argent de la perruque poudrée - fait ressortir les chaudes harmonies de la carnation.

Danton " naît " avec les évènements de juillet 1789 qui le métamorphosent en tribun de quartier, en " Mirabeau de la canaille ". Comme lui, Danton est une " gueule ", joue de la puissance de son physique et de son verbe. Il saura exploiter avec habileté les moments de crise pour imposer une image d'homme d'action. Après le 10 août 1792, Danton devient ministre par " la grâce du canon ", mais un canon qu'il s'est contenté, avouons-le, d'écouter… Avocat d'une révolution sans faiblesse " soyons terribles pour éviter au peuple de l'être ", il préconise sans états d'âme des mesures extrêmes : création du tribunal révolutionnaire, levées en masse pour faire face à l'ennemi. Ni théoricien, ni idéologue, il finit par préconiser l’indulgence envers les ennemis de l’intérieur, et une paix de compromis avec les monarchies coalisées. Arrêté le 30 mars 1794, il est guillotiné le 6 avril.
 
" Montre ma tête au peuple, elle en vaut la peine ", aurait-il lancé au bourreau… Cette tête de colosse ou de taureau ne forme, à l'époque du portrait, qu'une seule masse avec le cou. Dans le vermillon des joues, le carmin de la bouche épaisse ou de la bordure des paupières afflue le sang du jouisseur.


Robespierre (1758-1794)


Salle 108 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Portrait de Maximilien Robespierre (1758-1794), école française du XVIIIe siècle

"Il ira loin, car il croit tout ce qu'il dit". Son intransigeance, sa raideur "insupportablement honnête" suscitent l'ironie de Mirabeau et les sarcasmes de l'Assemblée. Sans renom, sans aisance, l'avocat de province doit son succès à l'appui de la base dont il se veut l'icône vivante : " je suis du peuple, je n'ai jamais été que cela ". Sa popularité grandit dans les clubs, dans les tavernes et dans la rue. Aux yeux d'autrui (et sans doute aux siens), il incarne le pur patriote, délivré de " l'abjection du moi personnel ". Mais l'apparence trop lisse de l'Incorruptible ne doit pas faire oublier le tacticien suffisamment rusé pour prendre la tête des Jacobins, durant l'été 1791. 
Il en joue comme d'une contre-Assemblée pour orchestrer les sections parisiennes, contrôler un réseau de clubs provinciaux et influencer la politique de salut public. Sa parole fonde la nouvelle orthodoxie révolutionnaire, fait régner un climat général de suspicion et de culpabilité.
" Le teint pâle, les yeux verts, habit de nankin rayé vert, gilet blanc rayé bleu, cravate blanche, toujours poudré " : cette description d'un contemporain, faite au bas d'un croquis d'après nature, correspond bien au portait de l'Incorruptible sanglé dans son costume. La méticulosité de sa toilette ne se démentira jamais, même lorsque la Convention est envahie par les sans-culottes. Le laisser-aller verbal ou vestimentaire fait horreur au citoyen idéalement correct.



La Terreur ordinaire


Salle 108 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Une exécution capitale, Pierre-Antoine Demachy (1723-1807), vers 1793-1794


Demachy réagit d'abord en coloriste : rose fuchsia d'une jupe, blanc éclatant d'un bonnet pour éclairer la gamme un peu sourde des costumes, et bleu pour illuminer les gris-mauve des nuages.
L'obsession du complot est inséparable de l'imaginaire révolutionnaire. L'ère du soupçon et des purges s'ouvre bien avant ce que l’on considère souvent comme le début de la Terreur (5 septembre 1793). Mais, aux violences expéditives, à la corde et à la lanterne, la guillotine substitue la mort délivrée légalement. Symbole égalitaire de justice pour les sans-culottes, elle rappelle que le désir intransigeant d'unité populaire ne souffre aucune déviation : " Sois mon frère où je te tue !"  (Chamfort).

10 octobre 1789. L'Assemblée adopte, sur proposition du docteur Guillotin, la machine du mécanicien allemand Schmitt et du docteur Louis : " deux montants à glissière éloignés de deux pieds de distance, un tranchoir de bonne trempe, avec un poids pour lester la lame et accentuer la force du coup ". La décapitation n'est plus le privilège de la noblesse. Les condamnés de droit commun sont les premiers à bénéficier en place de Grève de la machine qui fait sauter les têtes alors que les supplices d’Ancien régime pouvaient durer des heures. Dressée place de la Révolution, " la Guillotine, la Louison ", y décolle bientôt des centaines de condamnés (à Paris, il y en aura plus de 2000).
Célèbre pour ses vues de Paris, Demachy prend prétexte de l'actualité. Les deux façades de Gabriel plantent le décor. La guillotine tient le premier rôle. Toutefois, l'artiste n'a pas fixé l'instant décisif et irrémédiable. Le condamné est peint du même pinceau " impressionniste " que la foule sagement massée au pied de l'échafaud.



Art et propagande


Salle 108 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Le Peuple français
, Joseph Chinard (1756-1813), 1794


Sobriété des lignes, fluidité des draperies, inexpressivité des visages : la beauté doit être " telle qu'une eau pure ". Mais sur le socle, la procession à la mémoire de Chalier, action anticléricale, rappelle le militantisme de l'œuvre.
A Rome, Chinard avait déjà été emprisonné par les autorités pontificales à cause de deux projets de candélabres, jugés subversifs : Jupiter foudroyant l'aristocratie et Apollon terrassant la superstition (vitrine salle 104).
L'effervescence créatrice des sculpteurs et des architectes se manifeste surtout dans la participation aux concours lancés par le gouvernement, car l'instabilité politique rend aléatoire toute réalisation.
 

Dans les années 1750-1760, artistes et théoriciens mettent à l'index les contorsions frivoles du rococo et prônent le retour à la grandeur exemplaire de l'Antiquité. On étudie les vestiges de Pompéi, on médite avec ferveur les Réflexions sur l'imitation des artistes grecs dans la peinture et la sculpture de l'archéologue Winckelmann, et l'on croit renouer avec les lois du " Beau idéal ". Cette révolution néo-classique annonce l'autre. L'idéologie révolutionnaire s'approprie la " noble simplicité " du " goût grec " et l'impose comme l'expression officielle des vertus républicaines.
Cette terre cuite s'inspire d'un projet de David : remplacer la statue d'Henri IV, à la pointe du Pont-Neuf, par une effigie colossale du peuple souverain. Chinard prête au peuple français l'énergie triomphante d'Hercule. D'un geste résolu, il soutient la Liberté qui s'apprête à le couronner du laurier de la victoire. Il foule aux pieds l'absolutisme monarchique et le dogmatisme religieux, fleurs de lys, Bible… Sur son front on déchiffre " Lumière ", sur les bras " Force " et sur les mains " Travail ".



Vandalisme et conservation


Salle 111 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Violation des caveaux royaux (1793), Hubert Robert (1733-1808)

Le blanc-jaune de l'éclairage latéral fait ressortir par contraste les bruns et les bistres, accentue l'effet théâtral de contre-jour. Le concept tout nouveau de patrimoine, inséparable du souci de conservation, est à l'origine de la création des premiers musées.
A partir des saisies révolutionnaires, le jeune peintre Alexandre Lenoir fonde en 1795 un musée des monuments français, "historique et chronologique, où l'on retrouve tous les âges de la sculpture française".

L'avènement des temps nouveaux se concrétise aussi par la destruction des symboles de l'Ancien Régime, le saccage d'églises et de châteaux, la dispersion de collections et de bibliothèques. En 1793, la Convention ordonne la " destruction des tombes des ci-devant rois ". Mais cette politique de la " table rase " sinon dictée, du moins encouragée d'en haut suscite par contrecoup une prise de conscience, celle du patrimoine, d'une mémoire commune à sauvegarder. En 1794, l'abbé Grégoire présente à la Convention " trois rapports sur les destructions opérées par le vandalisme et sur les moyens de le réprimer ".
Le sentiment des ruines est une mode bien antérieure au vandalisme révolutionnaire. On en construit dans les parcs, on en imagine dans les tableaux. Mais cette poésie de l'effacement sacrifie parfois à l'esthétique du « sublime », de " l'horreur agréable " qui triomphe dans les romans gothiques, dans les cauchemars picturaux de Füssli ou sur la scène de l'Histoire. Les âmes sensibles y goûtent le frisson du " plaisir noir ", comme ce profanateur qui rêve devant un sarcophage éventré, le coude sur une pierre. Au plus profond de la crypte, deux silhouettes se perdent dans les ténèbres, cet envers fascinant de la raison…



Une chronique illustrée


Salle 112 - 2ème étage - Hôtel Le Peletier
Arrestation de Louis XVI à Varennes : 21-22 juin 1791, Jean-Baptiste Lesueur

La simplicité naïve de cette mise en scène souligne la portée symbolique de l'événement. Ce Louis XVI sans majesté n'est déjà plus que Louis Capet. Cette éclipse momentanée de la royauté va pousser la Nation à s'en affranchir définitivement.

Fils d'un imagier de Louis XVI, Jean-Baptiste Lesueur est l'auteur d'une sorte de « chronique » de la Révolution, de juillet 1789 à juin 1807. Dans les théâtres de rue de l'époque, on faisait coulisser comme une bande dessinée ces gouaches aux couleurs fraîches, découpées et manipulées comme des sortes de marionnettes. Chacun y reconnaissait une actualité familière.
Travestissements, rebondissements, coups de théâtre : la fuite de Varennes répond à toutes les exigences de l'art dramatique. Au cours de la nuit du 20 juin 1791, la famille royale s'échappe des Tuileries dans le dessein de rejoindre l'armée de Bouillé à Metz. Mais le 21 au soir, le maître de poste Drouet reconnaît Louis XVI et devance la berline royale à Varennes-en-Argonne où il donne l'alarme. Lesueur choisit de représenter le dénouement. Bayon, le fondé de pouvoir de l'Assemblée, remet au roi le décret de prise de corps qui le suspend de ses fonctions. Dans les bras de leur mère, la " baronne de Korff ", les enfants royaux implorent la clémence. Une des dames de compagnie de la reine simule l'évanouissement. En costume de valet de chambre, Louis XVI esquisse un geste d'impuissance stupéfaite : " Il n'y a plus de roi en France ".