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Procès de Marie-Antoinette le 15 octobre 1793

Procès de Marie-Antoinette le 15 octobre 1793

Pierre Bouillon
(1776-1831)

Musée Carnavalet - Histoire de Paris
1793
Pierre noire
Hauteur: 0,39 cm Longueur: 0,53 cm
D 5974

Devant l’accusation d’inceste avancée par Hébert, le substitut du procureur de la Commune, et relancée par un juré qu’on voudra voir dans la figure satanique, c’est la fameuse parole : « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature refuse de répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ».
Marie-Antoinette se leva-t-elle réellement de son fauteuil, où elle a longtemps promené les doigts « comme si elle jouait du piano-forte ? » Un des avocats, Chauveau-Lagarde, raconte qu’elle s’aperçut de l’impression produite et qu’ayant entendu dans l’assistance « vois-tu comme elle est fière », elle lui demanda à voix basse « N’ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ? ». Le souci, qu’a observé son défenseur, de n’être ni au-dessous d’elle-même ni au-dessus, le rédacteur des Révolutions de Paris le lui reconnaît, bien qu’il y voie l’habitude des Grands de demander pardon de petits riens. Sûrement, l’émotion fut vive : le Moniteur même la rapporte. Apprécions encore la retenue avec laquelle, à travers Thermidor, Bouillon s’en fait l’écho : nul aboyeur, nul adorateur. Entre la légitimité des sentiments individuels et la marche de l’Histoire nationale, la foule fut vraisemblablement un temps partagée. Celle-ci, avec l’interruption de séance d’une heure qui suivit de peu l’incident, allait se clairsemer.

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Le dessin est de 1794 si l’on en croit les mots de la gravure qu’en exécuta Cazenave (déposée en 1802). Bouillon lui prévoyait-il pour pendant la Séparation de Marie-Antoinette dessinée en 1795 et connue par une gravure de Vérité ? Le rythme vertical des baies le rapproche davantage de notre Dévouement de Madame Élisabeth.

L’éclairage volontairement morne du dessin, et le voile du temps, achèvent de faire imaginer au-delà de cet instant les vingt heures presque consécutives du procès, et la torpeur venant avec la nuit et ce relatif « silence que gardaient les anxieux veilleurs de l’agonie royale » devant le défilé des témoins. La clef de l’estampe de Cazenave permet d’identifier les veilleurs. Entre Hébert sur le devant et Chauveau-Lagarde vers la droite, ils ont noms : debout à l’estrade, Herman, et à sa gauche, Collier puis Cofinal, en contre-bas, Fouquier-Tinville l’accusateur public – celui qui allait accuser tant de Girondins et Montagnards avant d’être à son tour accusé – en face Foucaud, la tête dans la main, et Pâris dit Fabricius écrivant.

Auteur de la notice : Pascal de la Vaissière
Salle : Cabinet des arts graphiques
Collection : Cabinet des arts graphiques
Marques Inscriptions Poinçons : Signé et daté en bas à gauche : B.1793
Mode d'acquisition : Acquis de Feldmann en 1932
Référence(s)

La révolution française, Le premier empire, dessins du musée Carnavalet, édité par les amis du musée Carnavalet, 1988.

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