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Paris sous Louis XV

Paris sous Louis XV

  • Le Pont-Neuf et la pompe de la Samaritaine, vus du quai de la Mégisserie
    Le Pont-Neuf et la pompe de la Samaritaine, vus du quai de la Mégisserie - Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet
  • Le Carnaval des rues de Paris
    Le Carnaval des rues de Paris - Etienne Jeaurat
  • Vue du château de la Muette avec l'arrivée du roi
    Vue du château de la Muette avec l'arrivée du roi - Charles Léopold Grevenbroeck
  • Boiseries du salon jaune Louis XV
    Boiseries du salon jaune Louis XV
  • Secrétaire à abattant
    Secrétaire à abattant - Adrien Delorme
  • Commode
    Commode - Jacques Dubois
  • Boiseries du Café militaire
    Boiseries du Café militaire - Claude-Nicolas Ledoux

Le paysage urbain, salle 29

 

On appelle "vue" le portrait d'un site que l'on fait d'après la nature… (Claude-Henri Watelet, L'Art de peindre, 1760). La vue dessinée ou peinte par un artiste local - Raguenet à Paris, Canaletto à Venise - est pour le voyageur ou l'amateur du XVIIIe siècle souvenir des lieux contemplés, rappel de la surprise ou de l'émotion éprouvées. Description minutieuse et effets pittoresques (cadrages, jeux de lumières, détails inattendus) se conjuguent pour reconstruire une image à la fois fidèle et poétique.
Épris de netteté et de clarté, philosophes et architectes des Lumières dénoncent la promiscuité grouillante du Paris médiéval obscur, resserré, hideux (…) témoin des temps de la plus honteuse barbarie (Voltaire, Des embellissements de Paris). Tous réclament la création d'un nouvel espace urbain aux vastes perspectives, aux fours réguliers. Mais Louis XV se refuse à faire éventrer les vieux quartiers. Après 1750, de grands aménagements vont se situer à la périphérie de la ville habitée : École militaire, place Louis XV (Concorde), place de l'Étoile…
Pour remédier aux " embarras de Paris " on dégage les ponts. Comme on le voit dans Le Pont-Neuf et la Pompe de la Samaritaine, vus du quai de la Mégisserie exécutée en 1777 par Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793), toutes les petites boutiques ont disparu. Des trottoirs, les seuls de la capitale, séparent le flot des piétons de la circulation. Raguenet a reproduit avec une minutie scrupuleuse le décor de la ville, le bâtiment de la pompe de la Samaritaine (à droite) qui alimente en eau le Louvre et les Tuileries, l'hôtel des Monnaies récemment élevé sur le quai Conti (1771). Il n'en est pas moins attentif aux mille anecdotes de la rue. Allongé sur le parapet un homme somnole, insensible à l'agitation… au pied de la statue d'Henri IV une charrette bloque carrosses, chaises à porteurs et cavaliers. Mais le véritable spectacle n'est-il pas le ciel immense, un peu voilé de cette matinée ensoleillée ? La brume lumineuse qui estompe toits et façades, et fait palpiter les silhouettes fugitives des passants?

 

Le paysage urbain : scène de la vie populaire, salle 41

 

La réalité ordinaire du peuple parisien est celle de l'entassement (une pièce par famille). L'isolement, même pour les gestes les plus intimes, n'existe pas. La rue boueuse et malodorante envahie par les échoppes et les ateliers, l'immeuble surpeuplé sont autant de scènes publiques. Rien ne peut s'y vivre secrètement. Disputes conjugales, amours clandestines… tout se sait et les commentaires font et défont les réputations.
Étienne Jeaurat (1699-1789) est l'un des rares peintres du XVIIIe à représenter le Paris populaire où vie privée et vie publique sont (presque) confondues. Peint en 1751, Le Carnaval met en scène le " désordre réglé " des fêtes qui débutent le jour des Rois et s'achèvent le mercredi des Cendres. Mascarades, déguisements burlesques et chansons ordurières sont aussi l'occasion de dénoncer dans chaque quartier les écarts de comportement : filles trop libres, maris trompés ou femmes autoritaires.
Cette farandole où l'on devine au centre un mannequin de carnaval, condamne, sur le mode grotesque, la confusion des rôles. Au milieu des cris des enfants, sous le regard hilare de la foule, une femme fait danser un jeune homme. Elle fume la pipe et joue du tambour, deux accessoires dérobés au monde masculin. Quant à lui, revêtu d'un tablier et d'une coiffe féminine, il jongle avec des instruments de cuisine.
Au second plan, deux jeunes femmes entraînent en pèlerinage galant un homme en jupe rouge. Un peu à l'écart, un groupe de femmes observe le spectacle avec un mélange de crainte et d'attirance. Aucune n'aperçoit le gamin qui s'apprête à leur lancer du sable ? de la farine ? un œuf ? projectiles traditionnels du carnaval.

 

L'invention de l'intimité, salle 27

 

L'aristocratie qui vivait à Versailles, loin du Paris bruyant et populeux, ne goûtait pas davantage aux " douceurs de l'intimité ". La cour était perpétuellement soumise au cérémonial écrasant d'une royauté que Louis XIV voulait absolue. Mais sous la Régence (1715-1723) et plus encore sous Louis XV (1723-1774), une frontière se dessine entre vie publique et vie privée, du moins pour une minorité. Le roi donne le ton en faisant aménager sous les combles, à Versailles, de petits appartements pour échapper aux pesanteurs de sa charge. Le même désir de liberté et d'intimité heureuse lui fait reconstruire, de 1735 à 1750, Le Château de la Muette. Comme le rappelle cette toile de Grevenbroeck (Vue du Château de la Muette avec l'arrivée du Roi) peinte en 1740, l'ancien rendez-vous de chasse en lisière du bois de Boulogne est devenu une " folie " où jouir des " délices de la vie privée ".
Suivant l'exemple, aristocrates, financiers, bourgeois cultivés enrichis par le négoce, édifient de luxueuses demeures faubourg Saint-Honoré ou Saint-Germain, faubourg du Roule… L'architecture intérieure joue un rôle essentiel pour la conquête progressive d'une vie personnelle. Un public moins épris de majesté réclame désormais des appartements de " commodité ", plus gais, mieux éclairés ; mieux chauffables. Des salons confortables où femmes d'esprit et philosophes vont propager les idées nouvelles. Des pièces où vivre pour soi : boudoir, bibliothèque… La distribution / décoration des appartements devient la tâche primordiale de l'architecte.
Décor et mobilier se transforment avec rapidité et se résument en deux mots :
- Fleurs disposées en guirlandes, en bouquets, en enroulements.
- Rocaille qui répand les coquilles aux rebords arrondis et festonnés, les feuillages déchiquetés, les palmes et les volutes.
La ligne sinueuse devient le principe même de la grâce et de la beauté. Né au début du XVIIIe, le style rocaille s'épanouit vers 1730. Dans la diffusion de cet art nouveau, les architectes sont secondés par les ornemanistes, catégorie professionnelle qui comprend aussi bien des sculpteurs, des orfèvres, des peintres, des dessinateurs. Les plus célèbres : Oppenordt (1672-1742), Meissonnier (1695-1750), Verberckt (1704-1771) travaillent pour le roi, pour Versailles, lieu premier de la création. Diffusés par la gravure, leurs dessins de boiseries, mobilier, orfèvrerie, lancent la mode auprès de la clientèle parisienne fortunée et inspirent les artisans de la capitale.
Provenant d'hôtels démolis pour la plupart, les ensembles décoratifs conservés à Carnavalet, et le mobilier de la collection Bouvier (salles 37 à 44) reconstituent, assez fidèlement, le cadre de la haute bourgeoisie parisienne au temps de Louis XV.

 

Les décors de boiseries : ordre et variété, salle 37-44

 

La mode des couleurs vives et fraîches s'impose pour les appartements privés : jaune citron ou safran, vert, turquoise, lilas… La luminosité des coloris est obtenue par une peinture à la détrempe qui a le brillant et la fraîcheur de la porcelaine (Vatin, L'Art du peintre vernisseur, 1773).
Préparée à l'eau, la peinture est appliquée sur sept couches de colle passée à chaud. On la protège ensuite par un vernis mat, mais l'ensemble est fragile.
Sculptures et ornements sont le plus souvent rechampis, peints d'une couleur autre (ici du blanc), voire dorés si l'on est en état de soutenir la dépense…
Les lambris en bois naturel étaient d'usage dans les églises et les couvents.

Les boiseries, les lambris de menuiserie qui isolent du froid et du bruit, deviennent le décor obligé de toute demeure un peu raffinée. Dessinés par des architectes ou des ornemanistes, ils sont réalisés par une communauté d'artisans parisiens. Les menuisiers en bâtiment procèdent à l'assemblage des panneaux généralement en chêne. Les sculpteurs exécutent en plein bois les moulures et ornements qui s'inscrivent dans la division géométrique, toujours lisible, créée par ces moulures.
Au-dessus de la plinthe peinte en marbre semblable à celui de la cheminée, les lambris bas ou lambris d'appui, ne sont jamais ornementés puisqu'ils sont dissimulés par le mobilier meublant. Une moulure les sépare des lambris de hauteur rythmés par d'étroits panneaux verticaux, les parcloses, qui encadrent des panneaux plus larges au décor rocaille foisonnant.
Sous la Régence, ce décor rocaille est encore plein et massif, comme celui du salon bleu. En revanche, sous Louis XV, il se fait plus léger, plus ajouré. Le salon safran qui date de 1740 en est un bel exemple : ruban festonné, minceur flexible des entrelacs de fleurs et des cahiers de musique qui s'échappent de la coquille en haut du panneau. On retrouve la coquille déployée comme en éventail, les rinceaux sinueux en bas du panneau ou dans les bordures des quatre dessus de porte.
Mais ces " caprices décoratifs " ne compromettent jamais l'équilibre du plan général des lambris. Ils obéissent ainsi à la double exigence formulée par Montesquieu dans son Essai sur le goût : "S'il faut de l'ordre dans les choses, il y faut aussi de la variété : sans cela l'âme languit…"

 

Meubles et menuiseries : les sièges, salles 37-43

 

Sous le règne de Louis XV le goût grandissant du confort et de l'intimité favorise la création de nouveaux types de sièges, légers, mobiles, adaptés au rythme de la vie privée : on les déplace au coin de la cheminée ou devant la fenêtre pour lire plus commodément. On les regroupe au centre du salon pour converser ou jouer aux cartes. On les transporte de la chambre au boudoir…

La bergère est un siège de repos, confortable avec son coussin de plumes. La bergère à oreilles du salon bleu dont le dossier très haut offre un appui à la tête, témoigne de ce souci de bien être.
La chaise longue, dite duchesse brisée lorsqu'elle est en deux parties, permet aux dames de recevoir à demi allongées. La duchesse brisée du salon bleu est estampillée, c'est-à-dire signée, Sylvain-Nicolas Blanchard (né en 1723). L'habileté de ce maître menuisier est visible non seulement à la finesse des fleurs sculptées dans le bois, mais à la ligne même du siège, à sa forme mouvementée conçue elle aussi comme un ornement.
Le cabriolet est le siège par excellence de la vie quotidienne. Son dossier incurvé, enveloppant, ses accotoirs et son siège évasé répondent au désir d'épouser les courbes du corps. Le bois peut être simplement mouluré (cabriolet de la chambre polychrome) ou sculpté de fleurs et de feuilles (cabriolet du salon turquoise)…


De l'ondulation du dossier au galbe des pieds, le bois s'enroule avec la souplesse d'un dessin. Les sièges naissent d'abord des recherches et de l'imagination des ornemanistes qui dessinent des formes nouvelles. Ce sont leurs dessins qui ensuite guident la plupart des menuisiers. L'influence du vêtement sur le mobilier ; la mode des jupes amples à panier contraint les menuisiers, vers 1728, à décaler les bras des fauteuils par rapport aux pieds antérieurs. Généralement en hêtre ou en noyer, les sièges courants sont laissés en couleur naturelle " à la capucine ", teintés ou simplement cirés. Confiés à un peintre-doreur, ils sont alors dorés ou peints en crème ou en gris et rechampis en rose, vert, bleu… Mais dans tous les cas la couleur du bois doit impérativement s'harmoniser avec celle du tissu choisi pour les recouvrir. Au XVIIIe le rôle du tapissier est jugé plus important que celui du menuisier.
Beaucoup plus solennels que la bergère ou le cabriolet, les chaises et fauteuils meublants que l'on appelle " à la reine " font en quelque sorte partie du décor mural. Ces sièges à dossier plat, souvent dorés et richement sculptés, étaient alignés le long des boiseries. Dans le salon gris vous observerez le décor sculpté très fouillé de la paire de fauteuils ou de la chaise.

Les menuisiers habitent pour la plupart le quartier de Bonne-Nouvelle, la rue de Cléry. Il existe toute une hiérarchie d'artisans soumis aux lois très strictes de la corporation des menuisiers-ébénistes : l'apprenti, le compagnon, le maître enfin, tenu d'estampiller, d'engager ainsi la responsabilité de son atelier sur la qualité de la marchandise. Ils fabriquent essentiellement des sièges, des lits, des armoires et pieds de table. Le bois massif est débité à la scie, dégrossi et taillé. Les différentes parties assemblées à tenons (parties saillantes) et à mortaises (entailles) ne sont jamais collées. Sur la carcasse du siège, des masses de bois sont " épargnées " pour les sculptures et moulures. En principe le menuisier doit faire appel à un maître sculpteur. Les peintres-doreurs et les tapissiers-garnisseurs interviennent ensuite.

 

Meubles d'ébenisterie, salles 37-44

 

Le secrétaire d'Adrien Delorme

 

Le siècle des Lumières où s'affirment les droits de la conscience individuelle voit naître une liberté nouvelle : celle d'être soi-même. De déposer son masque social pour mieux s'étudier et se " lire ". La vogue des lettres et des journaux intimes, les succès des mémoires ou romans par lettres comme La Nouvelle Héloïse (1761), soulignent ce désir d'authenticité.
Le secrétaire où l'on conserve écrits intimes et correspondance connaît un succès grandissant. Meubles de la vie privée, il a sa place dans la chambre ou le cabinet. Il est rare qu'il soit aussi précieux que ce secrétaire estampillé Delorme, légèrement galbé et décoré sur ses trois faces d'un véritable tableau de marqueterie. Sur un fond de bois de rose, une ligne sinueuse dessine un cadre où se déploient des fleurs et des branches. Le vantail en abattant qui, une fois ouvert, permet d'écrire, découvre deux casiers flanqués de tiroirs également marquetés. On y rangeait l'écritoire avec l'encrier, la boîte à poudre pour sécher l'encre, le godet à plumes.
 
Pour obtenir une véritable " peinture sur bois ", l'ébéniste trace sur le bâti, le corps même du meuble, le dessin de sa marqueterie. Chaque motif, découpé séparément parmi une palette de bois de couleur, est parfois teint en bleu, gris ou vert comme on le voit ici. La lumière a atténué aujourd'hui cette polychromie très vive à l'origine. On procède ensuite à l'assemblage puis au collage du placage sur le bâti. Reçu maître ébéniste en 1748, Adrien Delorme était célèbre pour ses marqueteries. Le plateau de la table à ouvrage du salon gris au décor assez similaire, offre un autre exemple de son savoir-faire.
Le décor de bronze doré et finement ciselé reprend les motifs de la marqueterie. Sur les meubles plus ordinaires on trouve généralement des bronzes faits en série. Les ébénistes appartiennent à la même corporation que les menuisiers, mais forment une communauté bien distincte, groupée dans le faubourg Saint-Antoine. Ils réalisent des commodes, secrétaires, bureaux, petits meubles, en deux temps. Une fois le bâti exécuté en chêne ou en sapin, ils l'habillent d'un placage, en frisage ou en marqueterie, de bois précieux : autrefois d'ébène (d'où leur nom), au XVIIIe siècle de bois exotiques importés des Indes ou de Guyane.
Dans son Art du menuisier publié en 1774, l'artisan Roubo définit une quarantaine d'essences : bois dits de violette ou de rose à cause de leur couleur, citronnier, acajou… Certains bois indigènes comme le buis ou le tilleul sont également utilisés.

 

La commode de Jacques Dubois

 

Créée par des ébénistes au XVIIe siècle, la commode va devenir la pièce essentielle du mobilier au XVIIIe siècle. Conçue d'abord comme un meuble de chambre pour ranger de la literie et des vêtements de nuit, elle passe bientôt au salon. On y serre les accessoires de jeux, les garnitures de fauteuils. Elle occupe une place bien définie dans la pièce : sous un trumeau de glace, soit entre les fenêtres, soit face à la cheminée à laquelle son plateau de marbre est assorti. Meuble meublant, elle peut être ostentatoire, luxueuse comme cette commode à panneaux de laque de Jacques Dubois. Grand ébéniste parisien du règne de Louis XV, Dubois a répété très souvent, sans doute à la demande des marchands merciers, ce modèle à deux tiroirs sans traverse, aux proportions " modestes ", au galbe harmonieux. Sur le fond de laque noir, le relief des motifs est mis en valeur par l'emploi de l'or et du vermillon. Sous les feuillages où nichent des oiseaux, trois biches sont à l'arrêt, sabots levés ; perché sur un rocher, un couple d'oies sauvages se penche sur l'eau (panneau droit).
La forme de la commode a beaucoup varié au cours du siècle. Architectes, ornemanistes ont dessiné de multiples modèles, repris par nombre d'ébénistes. Mais Dubois, créateur à part entière a un " style " bien à lui. Observez le rythme mouvementé des bronzes, des rinceaux et guirlandes végétales qui encadrent les panneaux : ce décor rocaille n'est jamais pesant.
Importés de Chine par la Compagnie des Indes (fondée par Colbert), les panneaux de laque sont très difficiles à travailler. Pour s'adapter aux lignes sinueuses du mobilier, ils sont refendus dans leur épaisseur, puis chauffés avant d'être plaqués. L'autre commode de Dubois qui fait face à celle-ci témoigne de cette vogue de l'Extrême-Orient. L'exotisme devient source de création pour les ébénistes ou les peintres comme Boucher…
Les marchands merciers, marchands de tout, faiseurs de rien (Dictionnaire de l'Encyclopédie) sont d'habiles revendeurs, des " enjoliveurs " qui passent commandes aux artisans les plus doués. Dans leur magasin du quartier Saint-Honoré, ils flattent les caprices d'une clientèle gâtée, avide de nouveauté. Ils contribuent à transformer le mobilier parisien en lançant des modes : meubles en laque importé de Chine, en bois peint (secrétaire du salon turquoise), ou rehaussés de porcelaine de Sèvres, petites tables à lire, à écrire…

 

Un exemple de boiseries au XVIIe siècle : le café militaire

 

La mode des cafés se répand avec celle de la boisson du même nom à la fin du XVIIe siècle. Le premier établissement du genre, le Procope, ouvre rue de l'Ancienne-Comédie, en 1675. Ces " maisons de café " se multiplient au XVIIIe siècle. On y goûte - pour les hommes du moins - une liberté toute nouvelle : celle de se réunir, hors d'un cadre familial ou social bien défini, pour le seul plaisir de discuter, de refaire le monde.
Élevé en 1762, au rez-de-chaussée d'un immeuble de la rue Saint-Honoré (à l'emplacement actuel du Louvre des Antiquaires), le café militaire était réservé aux officiers. Son décor est l'une des premières commandes parisiennes de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806). Ledoux qui commença sa carrière comme décorateur, se fit connaître comme architecte en travaillant pour la Du Barry, Louis XV, et les fermiers généraux.
La sobriété et la rigueur de cet espace évoquent, selon les mots même de Ledoux, " un campement militaire bien ordonné pour le repos des militaires après un combat victorieux ". Tout autour de la salle, les faisceaux de lances, liés par les feuilles du laurier de la victoire, forment douze colonnes triomphales qui rythment l'alternance des miroirs et des panneaux sculptés. Comme les casques et les chimères qui couronnent les faisceaux, le décor sculpté des lambris de hauteur est d'inspiration antique et guerrière : trophées d'armes, étendards, boucliers où grimacent des têtes de Méduse, couronnes de lauriers.
A l'opposé du foisonnement sinueux et délicat du rocaille, Ledoux compose un décor viril. Verticalité des faisceaux et des moulures, symétrie et simplicité des ornements témoignent de la nouvelle orientation du goût.
A partir des années 1750-1760, des théoriciens, des artistes refusent les formes contournées, " capricieuses ", au nom du retour à la beauté et à la grandeur antiques. Ce nouvel idéal esthétique que l'on appelle néo-classicisme triomphe sous Louis XVI. Des formes plus dépouillées et plus rigides s'imposent aussi bien en architecture, qu'en peinture ou dans les arts décoratifs. La révolution du retour à l'antique semble déjà en annoncer une autre…