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Paris sous le Second Empire

Paris sous le Second Empire

  • Portrait du baron Haussmann (1809-1891)
    Portrait du baron Haussmann (1809-1891) - Henri Lehmann (attribué à)
  • Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion des communes limitrophes le 16 février 1859
    Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion des communes limitrophes le 16 février 1859 - Adolphe Yvon
  • Fête du 10 mai 1852, au Champ-de-Mars ; distribution des aigles et bénédiction des drapeaux
    Fête du 10 mai 1852, au Champ-de-Mars ; distribution des aigles et bénédiction des drapeaux Anonyme
  • L'arrivée de la reine Victoria et du prince Albert à la gare de l'Est le 18 août 1855
    L'arrivée de la reine Victoria et du prince Albert à la gare de l'Est le 18 août 1855 Anonyme
  • Berceau du prince impérial Louis-Napoléon (1856-1879)
    Berceau du prince impérial Louis-Napoléon (1856-1879) - Victor Baltard
  • L'attentat de Felice Orsini contre Napoléon III devant la façade de l'Opéra le 14 janvier 1858
    L'attentat de Felice Orsini contre Napoléon III devant la façade de l'Opéra le 14 janvier 1858 - H. Vittori
  • Fête de nuit aux Tuileries le 10 juin 1867, à l'occasion de la visite des souverains étrangers à l'exposition universelle
    Fête de nuit aux Tuileries le 10 juin 1867, à l'occasion de la visite des souverains étrangers à l'exposition universelle - Pierre Tetar Van Elven
  • Vue générale des théâtres du boulevard du Temple, avant le percement du boulevard du Prince-Eugène, en 1862
    Vue générale des théâtres du boulevard du Temple, avant le percement du boulevard du Prince-Eugène, en 1862 - Martial Potémont
  • Démolition de l'ancien Hôtel-Dieu ; les cagnards
    Démolition de l'ancien Hôtel-Dieu ; les cagnards - Jean-Charles Geslin
  • Percement de l'avenue de l'Opéra en 1878
    Percement de l'avenue de l'Opéra en 1878 Anonyme

Haussmann

 

Accueil - Rez-de-chaussée - Hôtel Carnavalet
Le baron Haussmann, préfet de la Seine (1809-1891), attribué à Henri Lehmann (1814-1882)


Grand, vigoureux, plein d'énergie et de ruse, intègre, Haussmann, que ce portrait officiel fige un peu, a des qualités aussi grandes que ses défauts et une incontestable supériorité dont il est conscient et qui lui vaut de solides inimitiés. C'est un homme qui subordonne tout à son projet. Bon orateur, écrivain adroit, il n'eut jamais le poste de ministre de Paris dont il rêvait, mais un siège au Sénat lui fournit une tribune parlementaire pour défendre sa politique de la ville.
Né en 1809 à Paris, de famille protestante, Georges-Eugène Haussmann épouse la carrière préfectorale dans laquelle il s'illustre, particulièrement à Bordeaux, en 1852, où il reçoit avec éclat le prince-président Louis-Napoléon, auquel il lie sa carrière. En 1853, il est nommé préfet de la Seine. Esprit clair, travailleur acharné, intègre, contrairement à ce qui fut colporté, il est conscient de sa valeur et se considère à Paris comme l'exécutant des projets de l'empereur. Pour cela, il s'entoure des meilleurs collaborateurs : Eugène Belgrand, ingénieur, maître des eaux et des égouts de la Seine, et Jean-Charles Alphand, directeur des travaux de Paris, préposé aux promenades et jardins. En urbanisme, Haussmann est un classique et prône trois grands principes : rectitude des percements, ordonnance des immeubles et perspective des monuments. Pour mener à bien la réalisation du " nouveau Paris ", il obtient de l'empereur une loi autorisant l'expropriation par simple décret du pouvoir exécutif et, pour le financement, la prise en charge d'une partie des travaux par l'État et l'autorisation d'avoir recours à l'emprunt. C'est à ce propos qu'il est violemment attaqué, en 1868, par Jules Ferry qui dénonce les Comptes fantastiques d'Haussmann, ce qui amène le baron à donner sa démission.

 

 

L'extension de Paris

 

Salle 128 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion communes limitrophes (16 février 1859), Adolphe Yvon (1817-1893)

Ce tableau fut commandé à Yvon par le conseil municipal pour sa salle des séances, mais il fut refusé, les élus ne le trouvant pas assez prestigieux. L'artiste exécuta donc une seconde toile où les souverains recevaient le préfet et le conseil municipal en tenue de cour. Cette œuvre ayant disparu en 1871 dans l'incendie de l'Hôtel de Ville, c'est le tableau méprisé qui commémore aujourd'hui le grand acte qui porta Paris à ses limites actuelles. 

Les limites de Paris changèrent le 1er janvier 1860 par l'annexion des onze communes d'Auteuil, de Passy, des Batignolles, de Montmartre, La Chapelle, la Villette, Belleville, Charonne, Bercy, Vaugirard, Grenelle et diverses petites enclaves. Paris passa ainsi de 3 288 à 7 088 hectares et la population de 1 200 000 à
1 600 000 habitants. Contrairement à Haussmann, Napoléon III aurait voulu créer un " Grand Paris " dont les limites eussent franchi le département de la Seine, idée qui fut reprise dans l'actuelle organisation administrative de la région parisienne. Il dut se contenter de faire passer Paris de douze à vingt arrondissement, chacun divisé en quatre quartiers, dont les limites et les noms sont restés inchangés jusqu'à nos jours.

 

 

La fête du 10 mai 1852

 

Salle 128 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Arrivée du prince-président à la fête du 10 mai 1852 sur le Champ-de-Mars

Sur le Champ-de-Mars qui n'est encore qu'un vaste terrain de manœuvres destiné aux exercices militaires, on a dressé une tribune surmontée d'un baldaquin pour la messe, alors qu'en face, à l'entrée de l'Ecole militaire richement décorée, sous un portique qui rappelle ceux qui ont été montés sous le premier Empire pour les mêmes cérémonies, le prince-président remet les nouveaux drapeaux de l'armée, comme Napoléon Ier.

Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851 qui assurait les pleins pouvoirs à Louis-Napoléon, prince-président, la vie reprit immédiatement à Paris où les étrangers qui étaient partis, craignant une révolution, revinrent en masse. A l'Elysée, où l'on se pressait, Louis-Napoléon affirmait que l'ordre allait désormais régner à Paris : mise sous contrôle de la presse, suppression des associations ouvrières et arrestation des républicains. La répression fut sévère, mais n'empêcha pas qu'aux élections de 1852 deux sièges sur neuf reviennent aux républicains. Cependant, la ville s'habituait au calme, et l'on vit, peu à peu, le prince-président se transformer, à l'instar de son oncle Napoléon Ier, en empereur des Français. Le Ier janvier, un Te Deum fut donné à Notre-Dame, décorée comme pour le sacre du premier empereur et résonnant de la marche de 1804. Après la cérémonie, le président reçut au palais des Tuileries, dont il avait fait sa résidence. Le gouvernement prescrivit de reprendre les anciens noms des rues ou des édifices et, le 10 mai, renouant avec la tradition napoléonienne, après la messe et la bénédiction des aigles, devant quatre cent mille spectateurs, les nouveaux drapeaux furent distribués au Champ-de-Mars à l'armée. Le soir, sur les hauteurs de Chaillot, un feu d'artifice fit apparaître un aigle colossal avec la devise : "Vive Louis-Napoléon !".
La marche vers l'Empire était ouverte !

 

 

Une capitale prestigieuse

 

Salle 128 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Arrivée de la reine Victoria et du prince consort à la gare de l'Est le 18 août 1855

 
Venue pour visiter l'Exposition universelle de 1855, la reine Victoria, accompagnée du prince Albert, débarqua à la gare de l'Est, celle du Nord n'étant pas encore reconstruite. Par les boulevards, elle se dirigea, sous les vivats d'une foule considérable, vers les Champs-Elysées, d'où elle gagna le château de Saint-Cloud sous des arcs de triomphe ornés de " Welcome ".

Le rétablissement de l'Empire au profit de Napoléon III, le 21 novembre 1852, marqua le début d'une série de manifestations nationales plus prestigieuses les unes que les autres, destinées à s'attacher le peuple de la capitale. En janvier 1853, le Panthéon, rendu au culte, est le lieu d'une grande fête où la foule se presse et, le même mois, le mariage de l'empereur avec Eugénie de Montijo donne l'occasion de fastueux spectacles. L'exposition universelle de 1855, pour laquelle on édifie aux Champs-Elysées le Palais de l'Industrie, est le rendez-vous du monde entier. A cette occasion, pour l'arrivée de la reine Victoria, le 18 août 1855, on assure que huit cent mille personnes sont sur les boulevards et les Champs-Elysées. Le 29 décembre, les troupes victoriennes de Crimée défilent de la Bastille à la place Vendôme. En février 1856, le congrès de la paix s'ouvre dans le palais des Affaires étrangères du quai d'Orsay. Le 16 mars de la même année, cent un coups de canon, tirés des Invalides, annoncent aux Parisiens la naissance du prince impérial, dont le baptême le 14 juin suivant est l'occasion de faire oublier que les souverains n'ont pas été sacrés, et le 15 août 1856 la saint Napoléon est fêtée avec des feux d'artifice qui, de l'Étoile à la place du Trône, illuminent Paris et rappellent qu'aucune capitale d'Europe ne peut alors égaler en prestige le Paris de Napoléon III.

 

 

Berceau du prince impérial

 

Salle 128 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Berceau du prince impérial

Inspiré du berceau du roi de Rome (Hofburg, Vienne), ce berceau d'apparat a été offert par la Ville de Paris à Napoléon III et l'impératrice Eugénie à l'occasion de la naissance du prince impérial Eugène-Louis-Joseph (1856-1874).
L'ensemble avait été dessiné par l'architecte Victor Baltard, la figure de la Ville de Paris en argent ciselé par Pierre-Charles Simart, celle de l'aiglon par Henri Jacquemart, les émaux représentant les vertus cardinales exécutés par la manufacture de Sèvres sur des cartons d'Hippolyte Flandrin, les bronzes fondus par la maison Froment-Meurice et la menuiserie en bois de rose provenant des frères Grohé. L'ensemble était fort caractéristique du goût éclectique et surchargé du Second Empire.

Soucieux d'assurer la pérennité de son trône, Napoléon III cherchait, depuis 1852, une épouse, mais les cours d'Europe ne se montraient guère ouvertes à une alliance avec celui qu'elles considéraient comme un " usurpateur ". C'est pourquoi, à défaut d'une princesse, l'empereur porta son dévolu sur une jolie femme de " bonne naissance ", Eugénie de Montijo, dite " comtesse de Téba ", Andalouse à la beauté un peu languissante, qu'il avait remarqué alors qu'il habitait l'hôtel du Rhin, place Vendôme. Son amie et protectrice, l'Anglaise Miss Howard, qui jouait aussi le rôle de banquier, servit d'intermédiaire dans cette alliance qui se conclut par un mariage, le 30 janvier 1853, au milieu de la liesse populaire, mais en l'absence de tous les souverains d'Europe… Ce n'est qu'un peu plus de trois ans plus tard, alors que l'empereur a 48 ans, que cette union fut bénie par la naissance d'un petit prince impérial, Eugène-Louis-Joseph, qui devait mourir à 18 ans sous les sagaies des zoulous. Une semaine de congés fut accordée, tout l'argent d'une souscription ouverte pour l'occasion fut donnée aux familles indigentes, l'empereur et l'impératrice furent les parrains de tous les enfants nés le même jour et, le 14 juin suivant, à l'occasion du baptême du petit prince, le Ville offrit un somptueux banquet aux souverains.
Jamais le trône impérial ne fut plus assuré de sa pérennité.

 

 

Attentat d'Orsini

 

Salle 128 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
L'Attentat d'Orsini, le 14 janvier 1858

Le 14 janvier 1858, trois bombes sont jetées sur le cortège impérial arrivant à l'Opéra, rue Le Peletier. Les souverains sont indemnes, mais cinquante-six personnes sont blessées, dont huit mortellement. Felice Orsini, révolutionnaire italien, auteur de l'attentat, fut condamné à mort et exécuté. Sereine devant ces crimes, l'impératrice Eugénie s'exclamait : " Si nous pensions à tout cela, nous ne dormirions pas. Ce qu'il y a de mieux, c'est de ne pas y songer et de se fier à la Providence ". 

Malgré l'immense popularité de Napoléon III en province, Paris, qui souffre de la cherté de la vie, reste hostile à l'Empire et, lors des élections de 1857, envoie à l'Assemblée nationale cinq élus républicains sur dix sièges à pourvoir. La République reste l'idéal de la moitié des parisiens qui n'ont pas oublié les principes de 1848. Les attentats contre l'empereur se succèdent donc, perpétrés par l'internationale des proscrits français ou italiens qui croit que " la révolution à Paris, c'est la révolution partout ". L'attentat d'Orsini provoque une vive réaction de Napoléon III qui se sépare de certains collaborateurs et détourne l'attention des Parisiens sur la préparation de l'indépendance italienne. Il déchaîne ainsi l'enthousiasme des ouvriers de la rue Saint-Antoine lorsqu'il défile, le 10 mai 1858, à la tête des armées qui se préparent à délivrer la Lombardie du joug autrichien. Son retour, en août 1859, tout auréolé des victoires de Solferino et de Magenta, dont le nom est immédiatement donné à des voies parisiennes, est un nouveau triomphe qui marque l'apogée de l'Empire et celle de la popularité de Napoléon III à Paris, et qui, pour un moment, fait taire l'opposition.

 

 

Fête de nuit aux Tuileries

 

Salle 128 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Fête de nuit aux Tuileries, le 10 juin 1867

A l'occasion de l'Exposition universelle de 1867, Napoléon III donna dans les jardins des Tuileries une grande fête. Pour la circonstance, tout était éclairé " a giorno " et l'on peut voir, au premier plan, l'impératrice Eugénie au bras du tsar Alexandre Ier, derrière eux, l'empereur et le roi de Prusse Guillaume II, alors qu'à gauche on aperçoit le chancelier Bismarck accompagné d'un personnage oriental qui pourrait être le sultan ottoman ou le vice-roi d'Égypte.

Dans le château des Tuileries, modernisé, agrandi, en partie défiguré, mais toujours aussi incommode, la cour impériale joue un rôle essentiel, car les souverains sont doués pour la vie mondaine. Ils veulent d'abord, par l'étiquette et l'importance du personnel, renouer avec le Premier Empire qui leur sert de modèle ; mais, par le faste et l'éclat des fêtes et des cérémonies, ils veulent aussi faire oublier la simplicité bourgeoise et familiale de Louis-Philippe. Lors des grands bals, on invite trois ou quatre mille personnes et tous les étrangers de marque tiennent à être reçus aux Tuileries. C'est donc un défilé incessant aux soirées plus ou moins privées et aux bals que l'on apprécie surtout costumés. La Cour est brillante, animée par l'impératrice dont la beauté, l'élégance et le charme sont parfaitement secondés par la vigoureuse intelligence de sa cousine la princesse Mathilde, fille du roi Jérôme, dernier frère de Napoléon Ier.
L'été, la Cour quitte Paris pour les châteaux de Saint-Cloud, Fontainebleau et Compiègne, où l'on va déjà en fin de semaine dès le retour du printemps, et à Biarritz, dans la petite " villa Eugénie ", où ne sont invités que les intimes.

 

 

La vie parisienne

 

Salle 129 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Le boulevard du Temple, Adolphe Martial Potémont (1828-1883)

L'artiste a représenté, avant leur démolition, due au percement du boulevard Voltaire et à l'agrandissement de la place du Château-d'Eau (de la République), les théâtres du "boulevard du crime", soit, de gauche à droite : le Théâtre historique, fondé par Alexandre Dumas, le théâtre impérial, les Folies-Dramatiques, la Gaîté, les Funambules et les Délassements-comiques.

Sous le Second Empire, le boulevard, c'est le lieu de rencontre du demi-monde, non pas les déclassés de la société, mais le monde de la galanterie, celui des actrices qui ont besoin de publicité, des "cocottes" en vogue et des banquiers qui jouent à la Bourse, des journalistes de la presse mondaine qui vivent de "potins" et de chroniques et des célibataires ou des hommes qui sortent sans leurs femmes. Les journalistes font la publicité des " petites femmes " et la réputation des hommes du monde. Ils créent les "vedettes" dont ils exposent les démêlés amoureux et financiers qui évoluent au gré des moyens et des caprices de ces messieurs ou de ces dames et dont chacun, de la femme du monde au concierge, est friand à Paris. Une part de rêve est ainsi offerte à tout ce monde qui se côtoie à partir de six heures du soir sur les trottoirs de la rue Le Peletier ou de la Chaussée-d'Antin. Les danseuses sont attendues à la sortie de l'Opéra par les hommes les plus fortunés, mais provinciaux et bourgeois apprécient la "féerie" (pièce à femmes), le drame historique à mise en scène et costumes coûteux, et surtout l'opérette, dont Offenbach est alors le roi incontesté. En 1867, la Belle Hélène approche les trois cents représentations et la Vie parisienne et la Grande-Duchesse de Gérolstein frisent les deux cents. Or le théâtre rapporte beaucoup : en 1869, Patrie de Victorien Sardou assure 100 000 francs de bénéfice, 80 000 francs à l'auteur et 70 000 francs à chacun des trois acteurs. Jamais le théâtre parisien ne s'est aussi bien porté.

 

 

Transformation du plan de Paris

 

Salle 129 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
L'Hôtel de Ville, Jan Ostoga de Miodoucheski

L'Hôtel de Ville avait été considérablement agrandi sous Louis-Philippe. En 1853, le dégagement de la place, qui entraîna la destruction de jolies maisons du Moyen Âge, lui offrit un espace digne de sa fonction, bordé de bâtiments administratifs monumentaux et ouvert sur une artificielle avenue Victoria qui avait pour seul avantage d'offrir une perspective sur la façade ancienne du Boccador.
La transformation du plan de Paris est sans doute la partie la plus connue de l'œuvre du préfet Haussmann. Mais elle est surtout l'exécution de mesures réclamées depuis les années 1840, et si le préfet se montra autoritaire, il ne fut jamais tyrannique, acceptant à plusieurs reprises de discuter et de modifier ses projets.
A partir de 1854, dans un "premier réseau", il fit ouvrir les rues du Pont-Neuf et des Halles et l'avenue Victoria, acheva la rue de Rivoli de l'Hôtel de Ville à Saint-Paul, créa la boulevard du Centre (Sébastopol) de la porte Saint-Denis au Châtelet, et le prolongea sur la rive gauche par le boulevard Saint-Michel en 1862.
A partir de 1858, il lança le "second réseau", comprenant les rues Auber et Halévy qui déterminaient l'emplacement du nouvel Opéra, l'aménagement de l'Étoile, le percement de la rue de Rome vers les Batignolles et du boulevard Malesherbes qui formaient de grandes voies de pénétration, de l'avenue Daumesnil qui desservait le bois de Vincennes réaménagé, des boulevards du Prince-Eugène (Voltaire) et Magenta autour de la place du Château-d'Eau (de la République) agrandie, et de la rue Turbigo sur la rive droite, et, sur la rive gauche, les boulevards Saint-Marcel, de Port-Royal et Arago, l'avenue des Gobelins, les rues Monge, Claude-Bernard et Gay-Lussac pour dégager la Montagne Sainte-Geneviève et relier les gares d'Austerlitz et Montparnasse.

 

 

Démolitions et reconstructions

 

Salle 129 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Démolition de l'ancien Hôtel-Dieu, Jean-Charles Geslin


Fondé antérieurement au Xe siècle, l'Hôtel-Dieu, construit sur la rive sud de l'île de la Cité, avait été, à plusieurs reprises, reconstruit, agrandi, et augmenté d'une galerie sur la Seine et d'un bâtiment sur la rive gauche. On aperçoit ici les "cagnards", qui servaient à la fois de débarcadère depuis la Seine, de déversoir des eaux usées et de lavoir pour le linge de l'hospice.

L'œuvre hospitélière du baron Haussmann, qui appartient à la restructuration de Paris, est importante, même si il n'y eu qu'une seule vraie création, celle de l'hôpital Tenon, à Ménilmontant. Mais les reconstructions furent nombreuses, à commencer par celle de l'Hôtel-Dieu qui n'allait pas sans poser de problèmes. L'état de vétusté et d'insalubrité du doyen des établissement hospitaliers de Paris n'était un secret pour personne. Mais fallait-il, comme cela avait été proposé depuis le XVIIIe siècle, le déplacer aux limites de Paris, pour y éviter la propagation des épidémies et les risques d'incendie, ou le reconstruire en plein centre de la ville, où il rendait les plus grands services ? Napoléon III, contre l'avis d'Haussmann, imposa la seconde solution. Simplement, le nouvel Hôtel-Dieu serait construit au nord de l'île de la Cité, à l'emplacemnt du vieux quartier des Ursins, impitoyablement détruit. L'architecte Gilbert proposa d'abord un projet de style gothique que l'Empereur rejeta, et réalisaé finalement, entre 1864 et 1877, un bâtiment néo-renaissance de trois étages et six cents lits, au lieu des quatre étages de huit cents lits qu'aurait voulus le préfet.

 

 

Percement de l'avenue de l'Opéra

 

Salle 129 - 1er étage - Hôtel Le Peletier
Percement de l'avenue de l'Opéra, Giuseppe de Nittis

L'artiste a représenté ici le percement de la partie centrale de l'avenue, qui entraîné la démolition d'une partie de la butte Saint-Roch à l'ouest et de la butte des Moulins à l'est, dont on aperçoit encore les déclivités de part et d'autre du tableau, alors qu'en perspective, à gauche, se détache la silhouette du nouvel Opéra inauguré en 1874.

L'emplacement de l'ancien Opéra, rue Le Peletier, étant peu satisfaisant, son transfert avait été prévu dès les années 1850. Mais deux théories s'opposaient ; certains souhaitaient le conserver au même emplacement en lui offrant, en perspective, une large avenue nord-sud qui, partant du boulevard des Italiens, aboutissait aux guichets du Carrousel, en parallèle à la rue de Richelieu. L'administration souhaitait au contraire le déplacer vers l'ouest, à l'angle des boulevards des Italiens et des Capucines et de la rue de la Paix. Ce projet prévoyait la création d'une avenue de l'Opéra à laquelle on reprocha de n'aboutir qu'à l'hôtel du Louvre. De plus, l'administration voulait ouvrir au sud-est de l'Opéra, symétriquement à la rue de la Paix, une rue du Dix-Décembre (du Quatre-Septembre) qui conduisait à la Bourse. Chacun se gaussa : réunir un bâtiment ouvert la nuit à un autre bâtiment actif de jour, c'était saugrenu ! Le temps a justifié les larges vues d'Haussmann car la rue du Quatre-Septembre est aujourd'hui une des artères les plus fréquentées de Paris.
Quant à l'Opéra lui-même, l'impératrice soutenait le projet "gothique" de Viollet-le-Duc auquel le jury préféra, pour notre plus grand bonheur et la gloire du Second Empire, le projet éclectique mais si savoureux de Charles Garnier.