Le secrétaire où l'on conserve écrits intimes et correspondance connaît un succès grandissant au siècle des Lumières. Meubles de la vie privée, il a sa place dans la chambre ou le cabinet. Il est rare qu'il soit aussi précieux que ce secrétaire estampillé Delorme, légèrement galbé et décoré sur ses trois faces d'un véritable tableau de marqueterie. Sur un fond de bois de rose, une ligne sinueuse dessine un cadre où se déploient des fleurs et des branches. Le vantail en abattant qui, une fois ouvert, permet d'écrire, découvre deux casiers flanqués de tiroirs également marquetés. On y rangeait l'écritoire avec l'encrier, la boîte à poudre pour sécher l'encre, le godet à plumes.
Pour obtenir une véritable " peinture sur bois ", l'ébéniste trace sur le bâti, le corps même du meuble, le dessin de sa marqueterie. Chaque motif, découpé séparément parmi une palette de bois de couleur, est parfois teint en bleu, gris ou vert comme on le voit ici. La lumière a atténué aujourd'hui cette polychromie très vive à l'origine. On procède ensuite à l'assemblage puis au collage du placage sur le bâti. Reçu maître ébéniste en 1748, Adrien Delorme était célèbre pour ses marqueteries.
Le décor de bronze doré et finement ciselé reprend les motifs de la marqueterie. Sur les meubles plus ordinaires on trouve généralement des bronzes faits en série.
Les ébénistes appartiennent à la même corporation que les menuisiers, mais forment une communauté bien distincte, groupée dans le faubourg Saint-Antoine. Ils réalisent des commodes, secrétaires, bureaux, petits meubles, en deux temps. Une fois le bâti exécuté en chêne ou en sapin, ils l'habillent d'un placage, en frisage ou en marqueterie, de bois précieux : autrefois d'ébène (d'où leur nom), au XVIIIe siècle de bois exotiques importés des Indes ou de Guyane.