La beauté et le charme de Juliette Récamier (1777-1844), épouse d'un riche banquier, lui suscitèrent une foule d'admirateurs, parmi lesquels Chateaubriand, dont elle fut l'Égérie durant plusieurs décennies et jusqu'à sa mort. Elle fut l'une des premières à se meubler en style "étrusque" et à s'habiller "à la grecque", sous le Directoire, et joua de ce fait un rôle non négligeable dans la diffusion du goût pour l'Antique qui allait prévaloir sous l'Empire. Le chef-d’œuvre de Gérard, pour nous qui n’avons pas connu le modèle, semble rendre admirablement compte de sa beauté et de son charme. Il a toujours passé pour le paradigme de l’esprit du Consulat et à ce titre, il fut – et est toujours – abondamment reproduit aussi bien par la miniature ou par l’estampe que par des interprétations en trois dimensions en terre-cuite ou en porcelaine.
Les dates d’exécution du tableau restent encore assez incertaines. On sait qu’il fut commandé après que David eut renoncé, en septembre 1800, à terminer le portrait aujourd’hui au Louvre. Si le neveu de l’artiste, Henri Gérard , le date de 1805, son premier biographe, Lenormant , le datait de 1802. Cette dernière date paraît plus raisonnable pour un tableau commencé, sans doute, à la fin de l’année 1800 ; pourtant des articles du Journal de Paris et du Journal des arts situent son achèvement en 1805. Reichardt cependant semble l’avoir vu dès 1802, dans l’atelier du peintre, si l’on en croit le récit de sa visite chez Hubert Robert.