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Paris sous le Consulat et l'Empire

Paris sous le Consulat et l'Empire

  • Les trois consuls de la République : Napoléon Bonaparte (1769-1821), Jean-Jacques Régis de Cambacérès (1753-1824) et Charles-François Lebrun (1739-1824)
    Les trois consuls de la République : Napoléon Bonaparte (1769-1821), Jean-Jacques Régis de Cambacérès (1753-1824) et Charles-François Lebrun (1739-1824) Anonyme
  • Revue passée par Napoléon Bonaparte aux Tuileries
    Revue passée par Napoléon Bonaparte aux Tuileries - Jacques-François-Joseph Schwebach-Desfontaines
  • Attentat de la rue Saint-Nicaise, 3 nivôse an IX (24 décembre 1800)
    Attentat de la rue Saint-Nicaise, 3 nivôse an IX (24 décembre 1800) - Henri Auguste
  • Fête de nuit durant l'exposition des produits de l'industrie dans la cour carrée du Louvre en l’an X (1801)
    Fête de nuit durant l'exposition des produits de l'industrie dans la cour carrée du Louvre en l’an X (1801) Anonyme
  • Projet pour le cimetière du Père-Lachaise
    Projet pour le cimetière du Père-Lachaise - Alexandre-Théodore Brongniart
  • Modèle d’une arche du Pont des Arts
    Modèle d’une arche du Pont des Arts Anonyme
  • Portrait de Napoléon en uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale
    Portrait de Napoléon en uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale - Robert Lefèvre
  • Le pape Pie VII (1742-1823)
    Le pape Pie VII (1742-1823) - Louis-Pierre Deseine (1749-1822)
  • Le cortège impérial à Notre-Dame pour la cérémonie du sacre le 2 décembre 1804
    Le cortège impérial à Notre-Dame pour la cérémonie du sacre le 2 décembre 1804 - Jacques Bertaux
  • Arc de triomphe du Carrousel
    Arc de triomphe du Carrousel - Louis-Pierre Baltard
  • Arc de Triomphe de l'Etoile à Paris
    Arc de Triomphe de l'Etoile à Paris Verronais
  • Inauguration de l’Arc de triomphe, 29 juillet 1836
    Inauguration de l’Arc de triomphe, 29 juillet 1836 - Jean-Pierre Montagny
  • Projet de place devant la Bourse, 1807
    Projet de place devant la Bourse, 1807 - Alexandre-Théodore Brongniart
  • Napoléon Bonaparte (1769-1821), enpereur des français (1804-1815)
    Napoléon Bonaparte (1769-1821), enpereur des français (1804-1815) - Joseph Nikolaus Lang

Le Corse Bonaparte a été un Parisien d’adoption et d’élection. Son troisième séjour, en 1795, a consacré sa fortune politique : en tirant sur les insurgés du 13 Vendémiaire, le jeune général a cessé d’être un chef militaire parmi d’autres. De ces expériences, le futur empereur a tiré des idées et des sentiments qui demeurèrent inchangés jusqu’à la fin de sa carrière fabuleuse : conviction que l’histoire s’écrit à Paris, que l’opinion s’y forge, que le pouvoir s’y conquiert et s’y conserve ; méfiance et fascination simultanées à l’égard de la haute aristocratie – ce « faubourg Saint-Germain » dont le hobereau corse s’est toujours senti différent ; répulsion instinctive et séduction raisonnée à l’endroit du peuple et de sa violence – ce « faubourg Saint-Antoine » d’où sont sortis la plupart des sans-culottes et des tricoteuses ; volonté de remodeler le vieux Paris suivant des critères d’ordre et de grandeur.

 

Parmi les événements parisiens que la chronique napoléonienne relate ici dans une première partie, on signalera spécialement les attentats et les conspirations (rue Saint-Nicaise, Cadoudal, Malet), les grands spectacles  – les retours de campagnes militaires dont le tableau de Taunay est représentatif, le sacre à Notre-Dame, le mariage avec Marie-Louise – pour finir par la bataille de Paris, le drame des Cent-Jours et par la seconde abdication signée à l’Élysée le 22 juin 1815 : peintures, dessins, estampes mais aussi médailles et objets souvenirs témoignent de ces épisodes marquants.

 

Durant vingt années, Napoléon a deux visages : le chef de guerre et l’administrateur. Paris fut le champ d’action privilégié de la seconde incarnation napoléonienne. Renouant avec une vieille tradition monarchique, l’Empereur a administré directement sa capitale sans laisser aucune autorité politique ou administrative y jouer un rôle prépondérant. Après la Révolution, ses clubs et ses assemblées délibérantes, s’ouvre un âge d’or pour de hauts fonctionnaires laborieux et dociles, bureaucrates, architectes, ingénieurs, qui demeurent en fonction des années durant : tel le préfet Frochot, en poste de 1800 à 1812, ou son successeur Chabrol qui se maintient presque sans interruption… jusqu’en 1830 ! Appliquant la maxime « diviser pour régner », Napoléon a pris soin que le rôle du ministre de l’Intérieur y fût balancé par celui du ministre de la Police, et l’influence du préfet de la Seine par celle du préfet de police, système qui perdure depuis deux siècles, signe que les pouvoirs qui se sont succédé en France se sont bien trouvés de ce régime d’exception.

 

Les outils administratifs ainsi forgés ont servi une politique de maintien de l’ordre et de contrôle de l’opinion d’une efficacité inégalée. Le régime a croulé non du dedans mais du dehors, quand les armées de l’Europe coalisée sont parvenues devant Paris. La touche personnelle de l’Empereur se retrouve dans les ouvrages d’ingénieurs : début des canaux parisiens, ponts rapidement élevés en passant de la charpente en bois aux arcs en métal dont la maquette du pont des Arts montre la finesse et la légèreté du projet originel. C’est aussi à l’administration napoléonienne que l’on doit une numérotation plus logique, et systématique, des rues de Paris.

 

Le premier consul puis l’empereur avait manifesté la solidité de son pouvoir en allant occuper les Tuileries, l’ancienne demeure des rois, dernier palais de Louis XVI, tandis que les membres de sa famille et les dignitaires du régime colonisaient les hôtels de l’ancienne aristocratie. Cette cour consulaire puis impériale, dont on retrace ici les fastes, fut un instrument de pouvoir aux multiples fonctions : elle récompensait les fidélités anciennes et en procurait de nouvelles ; elle instituait un nouveau centre de sociabilité en face du faubourg Saint-Germain ; elle servait le prestige de l’empereur et de sa dynastie non seulement à Paris et en France mais aussi dans l’Europe entière ; enfin, et très prosaïquement, elle formait un centre de consommation de produits de luxe d’une ampleur exceptionnelle, qui devait stimuler l’artisanat et le commerce et par là garantir au régime de précieux soutiens. Déjà mis en valeur pour la période précédente dans l’exposition Au temps des Merveilleuses de 2005, les costumes, l’orfèvrerie et le mobilier liés aux grands personnages sont évoqués en même temps que les membres de la famille impériale : mère, frères et sœurs qui ont fréquenté la cour. C’est aussi le cadre quotidien des Tuileries que l’on redécouvre grâce au prestigieux trône conçu par Percier et Fontaine ou à la peinture méconnue de Perrin provenant de la chapelle impériale.

 

Le double souci de prestige et de pragmatisme se retrouve dans la politique architecturale et urbanistique de Napoléon. Le Paris voulu par l’Empereur doit être le phare de l’Europe, une nouvelle Rome semée de monuments grandioses : palais, arcs de triomphe, temples à colonnades, obélisques, statues. Mais le monarque accorde une égale attention aux « édifices d’utilité » : fontaines, marchés, abattoirs, cimetières. Il veut des rues nouvelles, des quais, des jardins, des promenades publiques. Si Percier et Fontaine, « architectes du gouvernement », ont été les maîtres d’œuvre des grands décors et des grands projets d’apparat, leur influence n’a jamais été sans partage. Administrateurs, architectes et ingénieurs de divers horizons ont concouru à une création collective… mais où l’Empereur avait généralement le dernier mot. L’urbanisme inventé sous le Premier Empire, avec ses rues droites, larges, à la hauteur d’immeubles limitée et dont la rue de Rivoli est le symbole, connaît son aboutissement avec Napoléon III et Haussmann, mais l’essentiel du projet de modernisation de la capitale était déjà prêt avant 1814.

 

La chute de l’Empire n’a pas brisé le lien entre Napoléon et Paris. Dans son testament dicté à Sainte-Hélène, l’empereur a réaffirmé son attachement pour la capitale par une phrase demeurée fameuse : « Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé. » Le vœu ne tarde pas à être exaucé. Douze ans après la mort de l’empereur, sa statue se dresse à nouveau au sommet de la colonne Vendôme dont les avatars, que l’on peut suivre précisément à partir de l’invention de la photographie, sont représentatifs de la fortune de la notion d’Empire ; en 1840, sa dépouille revient à Paris dans une mise en scène grandiose ; trente ans après, s’achève la construction du fantastique mausolée qui permet à l’Empereur d’habiter les Invalides, principal monument du Roi-Soleil. Le Second Empire se vivant comme un revival du Premier, la toponymie du Paris haussmannien est saturée d’évocations de la geste napoléonienne. Ce Paris haussmannien, nourri de légende impériale, c’est celui où nous vivons encore.