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En savoir plus sur Gaston Schweitzer

 

En savoir plus sur le sculpteur Gaston Schweitzer

 

Parmi les nombreux artistes qui ont arpenté les Halles Centrales de Paris et leur quartier, le sculpteur Gaston Schweitzer (1879-1962) fait partie des plus singuliers au regard d’une production dense et originale, donnée à voir pour la première fois à Paris.
     Grâce au prêt généreux de la ville de Pontivy et au don des Amis du musée Carnavalet, une centaine de statuettes ont été choisies pour rendre compte d’un travail inventif autant que prolifique, concentré sur les quinze dernières années de la vie du sculpteur, mais conçu et élaboré dès 1913.
      
       Sous le regard de cet artiste – récompensé pour « l’Aveugle » (médaille d’or au Salon de 1908) –, auteur de portraits, de nombreux monuments commémoratifs et de monuments aux morts exécutés en Bretagne, prennent forme, ici, les multiples facettes des activités et des rapports humains entre travailleurs, consommateurs et gens à la marge de la société de son époque. 
       C’est la « comédie humaine » des halles évoquée dans toute sa dimension sociale et individuelle, éphémère, établie dans la durée et institutionnalisée, qui transparaît dans des séries consacrées soit aux métiers répertoriés, soit  aux autres réalités du lieu où l’on trouve les passants, les clochards, les religieuses ou encore… les dames de petite vertu.
       S’affichent ainsi sous vitrine, classés selon une typologie définie en partie par l’auteur, des métiers et pratiques aujourd’hui disparus, examinés dans la justesse de chaque geste ou expression captés sur le vif.
        On peut voir : bouchers, vétérinaires, coupeurs de viande, fendeurs de porcs, forts, porteurs, renforts, marchands de fromages, goûteurs, poissonniers ; les vendeurs et les fiers mandataires des pavillons des primeurs côtoient ceux du Carreau plantés devant une marchandise présentée à même le sol, ou proposant le bouquet du jour.
        Sont montrées aussi des scènes de manutention, avec la confrontation de la charrette empirique, du diable et de la motrice la plus moderne, d’autres où des travailleurs se détendent autour d’un repas ou prennent un repos réparateur près d’une bouche de métro.
       En bonne place figurent les petits métiers familiers des rues parisiennes, comme le vitrier, le raccommodeur de faïences ; ou encore les métiers annexes de contrôle, de nettoyage, de sécurité, assurés par le gendarme, le balayeur, les pompiers ; ceux enfin liés au plaisir, rue Saint-Denis.
        Nous n’excluons bien évidemment ni les clochards, ni les nombreux passants et silhouettes anonymes de badauds, ménagères, religieux et touristes qui pouvaient se croiser là aussi.
       Tous semblent, sous la concentration du regard du sculpteur, être complices dans le sourire, l’appétit, la solidarité des métiers ou la connivence d’une situation partagée, parfois l’indifférence propre à la routine ou bien encore la peine du labeur ou de la pauvreté. 
       
        Ces statuettes étaient modelées en plastiline ou en terre directement sur place. Gaston Schweitzer, rentré à son atelier, les moulaient à creux perdu pour en tirer des épreuves originales en plâtre, qu’il recouvrait d’un badigeon ocre ou rosé. Pour autant, il semblerait qu’elles n’aient jamais été éditées en bronze. La destination de ces pièces élaborées avec tant de soin et restées dans l’intimité de l’atelier garde le secret entier de leur intention. Elles n’en restent pas moins des œuvres achevées, fortes des préoccupations de leur auteur pour préserver  autant le caractère spontané que le souci du détail et des volumes. Elles ont aussi valeur de document de mémoire par la volonté de l’artiste d’inscrire, au-delà de la figuration des personnages ou des scènes représentées scrupuleusement, la localisation exacte, le titre du sujet, la  date des pièces ainsi que sa signature.

         Cette série unique, centrée sur l’observation des transformations des activités humaines déployées au sein du monde si particulier des Halles, s’inscrit entre la tradition et une modernité qui s'annonce. D’autres artistes, à l’affût de sujets, de formes et de discours nouveaux à caractère social, photographes humanistes tels que Robert Doisneau, Willy Ronis, Pierre Jahan et créateurs d'avant-garde y puiseront aussi, à la même époque, une inspiration dans des registres similaires. Ils le firent autant pour garantir la pérennité d’une mémoire menacée que pour dénoncer les travers de la nouvelle société de consommation qui se profilait. Un Arman, par exemple, dans sa « Poubelle des Halles », boîte constituée par une accumulation d’objets de rebut du marché, s'intéressera aux excès de la distribution et de la consommation, ce, un an avant la mort de Gaston Schweitzer qui privilégia, lui, les métiers et le petit peuple qui fréquentait les Halles de Paris.