La place Royale, actuelle place des Vosges, est un magnifique ensemble d’architecture et d’urbanisme qui remonte au règne d’Henri IV. Il avait pris l’initiative de doter Paris d’une place d’apparat, propre au déroulement des cérémonies et des fêtes. Elle fut achevée sous la régence de Marie de Médicis et inaugurée avec un grand carrousel, le Roman des Chevaliers de la Gloire, qui eut lieu les 5, 6 et 7 avril 1612 à l’occasion des fiançailles de Louis XIII avec l’infante Anne d’Autriche et d’Élisabeth de France, sœur du roi, avec l’infant Philippe d’Espagne. Cette fête, qui tenait plus du ballet à grand spectacle que du tournoi, est le sujet de deux peintures anonymes conservées au musée Carnavalet.
La pompe extraordinaire de ce spectacle aux épisodes multiples – il est difficile de préciser lequel est représenté – est bien rendue par cette peinture. L’architecture de la place est, en revanche, traitée de façon moins exacte, un peu hâtive. La place est vue d’Est en Ouest, sans les pavillons du côté oriental. Faute de pouvoir pénétrer le symbolisme compliqué du « Roman des Chevaliers de la Gloire », on remarquera au moins les costumes et les harnachements somptueux, les chars à l’étrange décor allégorique, leur attelages parfois composés de fauves, et le « château de la Félicité », édifice provisoire en matériaux légers, qui sert d’enjeu aux antagonistes. Tout autour de la place, la foule est contenue par des soldats alignés qui tirent à blanc, tandis que les spectateurs de marque se pressent dans les tribunes aux vives couleurs.
Paris au XVIIe siècle, bulletin du musée Carnavalet, 1992, n°1 et 2, édité par la société des amis du musée
Le "Roman des chevaliers de la gloire", grand carrousel donné place Royale
© Musée Cernuschi