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Chambre de Marcel Proust

Chambre de Marcel Proust

Marcel Proust
1871-1922

Musée Carnavalet - Histoire de Paris
écrivain français

"Longtemps je me suis couché de bonne heure…" L'heure proustienne est à la fois celle de l'éveil et celle de l'endormissement. Celle de la vie recomposée par le rêve ou par le souvenir. Et la chambre est le lieu proustien par excellence. La Recherche du temps perdu s'ouvre sur la chambre de Combray, chambre de l'enfance où le narrateur fait du monde une immense féerie subjective. Et le roman se clôt sur la chambre du Temps retrouvé qui rend le narrateur à la vraie vie, la seule vie réellement vécue, la littérature. Dans la chambre calfeutrée, l'écrivain revivifie par le pouvoir de l'image les mythes de l'enfance.
Comme le narrateur de La Recherche, Proust (1870-1922) fit de sa chambre le théâtre d'une existence recluse, entièrement consacrée au devoir d'écrire. Retiré au milieu de " toutes ses affaires ", protégé du dehors par un cocon d'habitudes, il mobilisa son énergie à bâtir sa " cathédrale " d'images et de mots. Les meubles exposés permettent d'imaginer (mais non de reconstituer) le décor des trois domiciles parisiens que Proust occupa après la mort de sa mère (1905).
Les plaques de liège rappellent celles qui recouvraient les murs et le plafond de la chambre du 102, boulevard Haussmann où il emménagea en 1906. Volets clos, doubles-fenêtres, grands rideaux de satin bleu hermétiquement tirés achevaient d'isoler l'écrivain dans son univers intérieur. L'unique source de lumière provenait de la petite lampe de chevet coiffée d'un abat-jour de tissu vert, suffisamment haute pour éclairer les épais cahiers cartonnés sur lesquels il rédigeait. On retrouve le paravent à décor chinois derrière la tête du lit, le lit à barreaux de cuivre de son enfance, terni par le dépôt des fumées de la poudre Legras : chaque après-midi, à son réveil, il en inhalait un ou plusieurs sachets pour lutter contre ses crises d'asthme.
A portée de main, ses " outils de travail " ne quittaient jamais la petite table de palissandre à abattants que l'on voit au premier plan : son encrier, une quinzaine de porte-plume du plus simple modèle, des plumes sergent-major, sa montre. Et après que les nuits de veille et l'éblouissement de la lumière sur la page blanche eurent affaibli ses yeux, une paire de lunettes. Les fac-similés empilés sur la table de chevet évoquent les cahiers de ses manuscrits surchargés de corrections, gonflés d'ajouts. Ils sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France.
Quoique très frileux, Proust refusait que l'on allumât le chauffage central de crainte que l'assèchement de l'atmosphère ne provoquât de nouvelles crises. Outre les bouillottes et les flambées de cheminée, il tirait sur ses pieds une pelisse réservée à cet usage. Lorsqu'il sortait, il ne se séparait pas de sa pelisse à col de loutre, doublée de vison, exposée avec un autre de ses objets familiers, sa canne. Mais à partir de 1914 il ne devait guère quitter son lit. Ses genoux pour seul pupitre, il travaillait sans relâche jusqu'à l'aube. En 1913, parut Du côté de chez Swann, en 1919 A l'ombre des jeunes filles en fleurs qui lui valut le prix Goncourt.
Cependant en janvier 1919 Proust dut rompre avec le passé familial, abandonner l'appartement du boulevard Haussmann et se défaire d'une grande partie du mobilier. Le déménagement prit figure de déracinement. Il transporta d'abord sa chambre rue Laurent-Pichat, dans l'hôtel particulier de l'actrice Réjane dont il s'était inspiré pour créer le personnage de La Berma. En octobre 1919, il s'installa 44, rue Hamelin, "ignoble taudis où tient tout juste mon grabat" écrit-il par dérision à Robert de Montesquiou. Dans cette nouvelle résidence qu'il voulut croire provisoire, il essaya de reconstituer le cercle protecteur de ses objets et de ses habitudes. Nous retrouvons le bureau en poirier noirci que l'on voit sur une photographie de l'appartement prise à l'époque, ainsi que le meuble bibliothèque qui l'accompagnait. Quelques familiers, comme le musicien Raynaldo Hahn auquel Proust offrit la chaise longue exposée devant le bureau, pénétraient encore dans la retraite de l'écrivain. Mais sachant ses jours comptés, Proust s'enfonçait toujours d'avantage dans son œuvre, répétant de plus en plus souvent à sa fidèle camériste Céleste Albaret : "le temps me presse, Céleste…"
En 1920 il publie Le Côté de Guermantes (I), en 1921 Le Côté de Guermantes (II), Sodome et Gomorrhe (I), en 1922 Sodome et Gomorrhe (II). Il mourut à la tâche, le 18 novembre 1922. La Prisonnière, Albertine disparue, Le Temps retrouvé qui parurent après sa mort, achevaient d'arracher à l'oubli les paysages intérieurs pour lesquels il avait vécu : "l'esprit a ses paysages dont la contemplation ne lui est laissée qu'un temps. J'avais vécu comme un peintre montant un chemin qui surplombe un lac dont un rideau de rochers lui cache la vue. Par une brèche il l'aperçoit, il l'a tout entier devant lui, il prend ses pinceaux, mais déjà vient la nuit où l'on ne peut plus peindre, et sur laquelle le jour ne se relève pas."

Collection : Mobilier
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