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Vertige

Vertige

Denis Etcheverry

Musée Carnavalet - Histoire de Paris
1903
Huile sur toile
Hauteur: 40,20 cm Longueur: 55,20 cm

Comme Gervex en 1878, avec le scandale de Rolla ôté du Salon pour immoralité, Etcheverry accéda à la notoriété grâce à Vertige, l’image «  osée » qui marqua le Salon de 1903. D’origine modeste, le jeune artiste basque bénéficia de la protection d’Achille Zo, à Bayonne, avant d’entrer dans l’atelier d’un autre compatriote, Léon Bonnat, à l’Ecole des Beaux-arts. Il y fit l’apprentissage de la peinture d’histoire et remporta, en 1891, un second grand Prix de Rome, avec Jupiter et Mercure par Philémon et Baucis. Etcheverry persévéra encore quelques temps dans cette voie, sous les conseils d’Albert Maignan,  produisant de grandes pages mythologique (La naissance de Pégase) ou chrétienne (Saint Michel protégeant l’âme d’une trépassée, tableau entré aussitôt au musée de Troyes) ; mais, en 1898, il aborda le genre galant, avec Ils ne lisent plus, aimable composition où deux amoureux, abandonnant leur lecture, échangent un brûlant baiser sur un banc retiré au fond d’un parc. L’œuvre popularisée par la gravure, préfigurait le coup d’éclat du Salon de 1903. Un témoignage sur la conception de Vertige apparaît dans les Souvenirs d’un peintre de Lucien Jonas dont le manuscrit nous a été aimablement  confié par son fils :
« il me souvient qu’un soir vers 6h, je me trouvais chez Etcheverry occupé à peindre sa petite amie en toilette de soirée sur un canapé doré de chez Mercier frères. La mignonne enfant, nièce de Demarcq, le marchand de légume d’Aubry, parlait volontiers de notre pays natal ;  blonde, sa petite tête fraîche appuyée sur un coussin, elle était charmante dans cette robe de taffetas moirée blanche et jaune ; elle serrait nerveusement son éventail de pacotille.  Je fais mon tableau du Salon, oui, Soir de bal. La jeune fille rêve, un peu fatiguée par de nombreuses danses, et elle se laisse bercer dans sa rêverie par la valse des violons… A quoi rêvent les jeunes filles…en extase… La robe ?... Je l’ai trouvé au dépendez moi-ca, chez une fripière du Temple… Elle lui va à ravir… Serre l’éventail avec nervosité… bon… La tête en arrière, les yeux au plafond… bon… On frappe… Entrez… La clef est sur la porte … Ah ! C’est toi Avy… bonjour… comment, tu es déjà en tenue de soirée ?- Mais mon cher, objecta Marius, il va être temps de partir chez Maignan… On dîne à 7h ½… Oh ! Madame vous êtes charmante ainsi… Vous permettez tous les deux ? Et le galant Marseillais la baisa sur le front… - Epatant !, s’écria le peintre… c’est épatant… ne bougez pas !, et embrassez vous carrément sur les lèvres… ».
Le baiser échangé par le couple dura le temps d’un croquis de 3 minutes, une séance de l’Académie de la Grande Chaumière. Il en sortit le Vertige, ce tableau vedette à succès  mondial. Il fut immortalisé par les reproductions en fac-similé, sur les magazines, en cartes postales, en estampes, sur savonnettes, sur boîte de papier à lettres, sur étiquettes de parfumerie. […] ». La virtuosité toute cinématographique de la mise en scène de Vertige balaya donc le reproche de « pornographie cosmopolite » adressé à l’encontre du tableau par le critique Lucien Descaves et assura une immense notoriété de l’artiste. Nous avons probablement affaire ici à une répétition ou à une esquisse très aboutie (sur la composition exposée au Salon, connue seulement par la photographie, figure une petite cuillère sur la table, absente de la version Seligmann). Désormais « lancé » dans le monde, Denis Etcheverry allait poursuivre une belle carrière essentiellement comme portraitiste mondain.

Auteur de la notice : Jean-Marie Bruson et Christophe Leribault
Salle : Chambre des écrivains
Collection : Peintures
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© Musée Cernuschi