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Le paysage urbain en 1777

Le paysage urbain en 1777

Nicolas Jean-Baptiste Raguenet

Musée Carnavalet - Histoire de Paris
1777
Huile sur toile

Un cadrage quasi photographique : seuls les volumes du premier plan sont nets. Architectures et personnages du second plan n'ont plus de contours précis, donnant ainsi l'illusion de la distance, de la vibration de la lumière. L'impression de luminosité diffuse naît aussi du passage insensible de demi-teintes chaudes : blanc-rose, blanc-jaune à des harmonies plus froides : rose-gris, gris-bleu. Ou encore du jeu des ombres qui ne sont pas noires mais colorées : bleues, vertes, violettes. Le ciel occupe la moitié de la composition et semble d'autant plus présent que les divers tons de bleus se retrouvent sur les toits, le fleuve, certains vêtements.

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On appelle "vue" le portrait d'un site que l'on fait d'après la nature… (Claude-Henri Watelet, L'Art de peindre, 1760). La vue dessinée ou peinte par un artiste local - Raguenet à Paris, Canaletto à Venise - est pour le voyageur ou l'amateur du XVIIIe siècle souvenir des lieux contemplés, rappel de la surprise ou de l'émotion éprouvées. Description minutieuse et effets pittoresques (cadrages, jeux de lumières, détails inattendus) se conjuguent pour reconstruire une image à la fois fidèle et poétique.
Épris de netteté et de clarté, philosophes et architectes des Lumières dénoncent la promiscuité grouillante du Paris médiéval "obscur, resserré, hideux (…) témoin des temps de la plus honteuse barbarie" (Voltaire, Des embellissements de Paris). Tous réclament la création d'un nouvel espace urbain aux vastes perspectives, aux fours réguliers. Mais Louis XV se refuse à faire éventrer les vieux quartiers. Après 1750, de grands aménagements vont se situer à la périphérie de la ville habitée : École militaire, place Louis XV (Concorde), place de l'Étoile…
Pour remédier aux "embarras de Paris " on dégage les ponts. Comme on le voit dans La Chaussée du Pont-Neuf exécutée en 1777 par Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793), toutes les petites boutiques ont disparu. Des trottoirs, les seuls de la capitale, séparent le flot des piétons de la circulation. Raguenet a reproduit avec une minutie scrupuleuse le décor de la ville, le bâtiment de la pompe de la Samaritaine (à droite) qui alimente en eau le Louvre et les Tuileries, l'hôtel des Monnaies récemment élevé sur le quai Conti (1771). Il n'en est pas moins attentif aux mille anecdotes de la rue. Allongé sur le parapet un homme somnole, insensible à l'agitation… au pied de la statue d'Henri IV une charrette bloque carrosses, chaises à porteurs et cavaliers. Mais le véritable spectacle n'est-il pas le ciel immense, un peu voilé de cette matinée ensoleillée ? La brume lumineuse qui estompe toits et façades, et fait palpiter les silhouettes fugitives des passants?

Collection : Peintures
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© Musée Cernuschi

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