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Chambre d'Anna de Noailles 

Chambre d'Anna de Noailles 

Musée Carnavalet - Histoire de Paris

Anna de Noailles (1876-1933) a été l'une des figures les plus brillantes du monde littéraire du début du siècle. Le portrait de Forain (1852-1931), peint en 1910, nous restitue l'image de la jeune femme née chez les heureux du monde, séduisante et sûre d'elle-même, accoutumée aux honneurs et aux louanges. Cette princesse roumaine, à qui le mariage avait donné un nom français illustre, paraissait descendre tout droit du Parnasse avec le trépied de la Pythie pour prononcer ses oracles. Émerveillement d'autant plus doux que la comtesse avait un visage plus séduisant, dévoré par ses admirables yeux sur les paupières desquels tombait la frange de ses cheveux noirs (Emmanuel Berl). Dès la parution de son premier recueil, Le Cœur innombrable, elle connut un succès éclatant. Composés à vingt-quatre ans, ces vers où elle célébrait la nature et les lieux de son enfance l'imposèrent durablement aux yeux du public comme " la muse des jardins ".
S'il faut croire qu'une chambre ressemble à qui l'habite, celle d'Anna de Noailles a le mérite de surprendre. Elle a en effet la simplicité surannée d'une chambre de jeune fille vers 1900. Elle donne à voir, à côté du personnage public, un autre visage, plus rêveur et méditatif.
C'est au 40 de la rue Scheffer, où les Noailles emménagèrent en 1909, que fut installée la " Chambre aux cretonnes ". Une porte capitonnée donnait accès à cette retraite toute tapissée de liège pour protéger l'écrivain des bruits domestiques (Proust en reprit l'idée). Sur le liège des cretonnes à lignes et à bouquets bleus s'harmonisaient avec les meubles Louis XV rechampis de bleu. La toile imprimée choisie ici recrée le cadre à la fois paisible et raffiné dans lequel Anna de Noailles aimait à se retrouver. Étendue sur son lit, toute petite et menue dans ses écharpes de mousseline, au milieu de coussins soyeux, elle recevait, travaillait, composait. Un grand livre plat, Vieilles Chansons pour les cœurs sensibles (Plon, 1911) lui servait de sous-main. Sur les deux tables gigognes utilisées en tables de chevet s'entassait le désordre familier des objets et livres indispensables : étui à lunettes sur un tome de Hugo, bouilloire sur un volume de Montaigne…
Au mur, deux compositions florales exécutées par Anna de Noailles. Le pastel ne fut jamais pour l'écrivain qu'un dérivatif, un passe-temps. Pourtant en juin 1927, la comtesse Greffulhe lui organisa une exposition à la galerie Bernheim : les pastel s'arrachèrent, tandis qu'Anna de Noailles, flattée mais lucide, considérait l 'événement comme la plus vaste escroquerie du siècle…


Ce décor somme toute modeste a nourri vingt ans durant les rêves et le labeur acharné de la poétesse : son œuvre ne compte pas moins de dix-sept volumes. Mais l'exubérance de la " muse des jardins " ne doit pas faire oublier l'écrivain reclus, miné par la maladie nerveuse et la révolte.

Collection : Mobilier
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© Musée Cernuschi